MES ANGES...

MES ANGES...
Clémence et Isaure, mes deux anges...

Avoir des enfants? Non, pas tout de suite... Et puis les jours, les mois, les années passent et un beau jour naît en soi ce désir de devenir mère. Ca commence délicatement et ça prend de plus en plus d'importance en soi, pour devenir ensuite une priorité.
Pour moi, il m'a fallut attendre mes 22 ans pour sentir cet instinct maternel grandir en moi. Nous en avons discuté en couple et un beau jour on a décidé d'avoir NOTRE enfant, notre petit bébé à nous, né de notre union et constitué de notre chair, de notre sang... C'est un moment merveilleux qui nous annonce un tournant dans notre vie. Mais on ne s'attendait pas à ce parcours...

Voilà, j'arrête la pilule et deux mois plus tard, le test de grossesse est positif ! C'est que du bonheur mais une semaine plus tard, je comprends que c'est une fausse couche qui s'annonce. C'est dur à vivre, mais c'est pas grave on recommencera...

De longs mois passent, l'espoir de ne pas avoir ces règles, de faire un test de grossesse, d'avoir des nausées...et rien ! C'est long mais on prend sur soi. Jusqu'au jour où tout cela se présente, ce n'est pas vrai ! Je reste prudente et attend, attend, attend. Les jours passent et toujours rien. Ce n'est pas possible, on rêve ! Après confirmation par une prise de sang, je suis enceinte ! Un petit embryon est en train de grandir en moi. Comme toutes les mamans le savent c'est que du bonheur, on se sent utile, belle, forte ! On prend rendez-vous pour voir ce petit être. Le jour de l'échographie, on est les plus heureux des parents...et là tout s'effondre. Petit bébé ne se développe plus... C'est un problème génétique, il manque un maillon à la chaîne de son développement qui a fait tout stopper. Petit bébé va donc nous quitter. Le monde s'écroule... Je pleure, je souffre, je me morfond, mais c'est la nature qui a fait arrêté le c½ur de ce petit être, elle l'a « protégé » d'une vie qui n'aurait pas été rose, loin de là. Et les jours passent à nouveau, et on se rassure en se disant que ce bébé n'était pas « viable ».

Et voilà l'attente qui recommence, l'espoir diminue. J'en parle de moins en moins, je me dis que je ne serais jamais maman. Je me raccroche à ce qui m'ai chère : mon mari, mes chevaux, mes chiens. Et Noël 2005 arrive, on prépare le sapin et sa liste au père Noël, ma demande est simple : j'aimerais un petit bébé... Nous voici mi-décembre, pas de règles. Bon c'est encore un faux espoir et le retard persiste : un jour, deux jours, trois jours, une semaine ! Zut alors, le 22 décembre je fais en cachette un test de grossesse : positif ! Encore une fois c'est un bonheur inimaginable qui m'envahit. Je refait un autre test le 24 décembre : toujours positif ! J'ai tout préparé pour l'annoncer au futur papa. J'ai attaché une enveloppe au collier des chiens que j'envois à l'étage pour réveiller Gilbert. C'est noté : « ouvre vite ! Message urgent ! » Et cette lettre annonce un cadeau au pied du sapin. Gilbert descend et trouve son paquet. Sur celui-ci une lettre qui explique que le père noël a réussi à avoir le cadeau que nous souhaitions tant ! Il ouvre le paquet, c'est un joli pyjama avec les deux tests de grossesse positifs. « Tu vas être papa... » Ce fut un moment riche en émotions, on s'est serré pendant de longues minutes : faut-il vraiment y croire ? On dit toujours que la 3e fois est la bonne non ? On fait donc une bonne prise de sang : positif ! Là encore on est très heureux mais on garde du recul, on a déjà été déçu deux fois...Nous prenons rapidement rendez vous pour une échographie, vu mes antécédents on préfère être fixer le plus tôt possible sur l'état de notre bébé. Et là c'est la surprise : j'attends pas un bébé mais deux ! Ce fut d'abord l'étonnement complet, ensuite le fou rire, pour arriver aux angoisses de ne pas être capables. Mais une semaine après, je me sens prête à accueillir ses deux petits bébés, mes petits baby's comme je les appelle. Je me dis que la nature qui m'a déjà fait passer par des moments pénibles à décider de me récompenser. Nous sommes les parents les plus heureux du monde. A 3 mois, on repasse une autre échographie. Nous attendons des faux-jumeaux, ils ont chacun leurs placenta et leur poche de liquide amniotique. Ils sont en pleine forme. Je suis sereine, je me sens bien, je leurs parle à longueur de journée, leurs chante de jolis comptines, je les aime tant déjà... Et quels moments merveilleux quand pour la première fois vous sentez bouger en vous vos enfants, c'est une sensation si agréable, si bienfaisante,... Et puis les jours passent et ces petits bébés remuent de plus en plus, ils réagissent à la voix de leur papa, au canard qui fait coin-coin quand je suis dans le bain, à la comptine « mon âne » avec ses souliers lilas. Ce sont des moments tellement intenses, forts qui restent à jamais encré dans la mémoire d'une maman... Le temps passe, j'ai hâte de pouvoir m'occuper de mes baby's, je prépare leurs affaires et fait les achats. Je prends de l'avance, je fatigue de plus en plus vite, et mon ventre grossit de plus en plus. Je souhaitais tout acheté moi-même et comme je savais que les derniers mois de grossesse seraient difficiles, je commence à organiser la maison pour leur arrivée. Je passe mon écho des 22SA, j'attends deux petites filles ! C'est ce que je voulais... Je suis dans un rêve. Clémence et Isaure sont en pleines formes, elles mesurent dans les 22 centimètres et pèsent dans les 600 grammes. On voit leurs visages en 4D, voilà ça c'est nos filles, nos trésors, nos anges comme je les appelle souvent...peut être un pressentiment de ma part. On reprend rendez-vous quinze jours plus tard pour l'échographie morphologique, le gynéco préfère attendre les 24 SA.

Et puis tout bascule et nous passons du Paradis à l'Enfer...

Jeudi 11 mai : c'est pas la forme aujourd'hui... C'est pas grave je vais me reposer toute la journée et demain ça ira mieux. Mais je pressens quelque chose de pas normal. J'ai beaucoup de pertes...mais c'est une drôle de sensation. Je passe l'après-midi couchée mais je dois me lever à plusieurs reprises, j'ai l'impression de me faire pipi dessus, je perds plein de liquide... Je me rappelle qu'à ce moment je pense à mes amies qui me parlaient de cette sensation quand elles avaient perdues les eaux, mais ce n'est pas possible, pas sitôt. C'est décidé, on part pour les urgences. Je me dis qu'il vaut mieux y aller pour rien que d'attendre et mettre mes filles en danger.
On m'ausculte, et ce que je craignais été arrivé, il y a la poche des eaux d'Isaure qui s'est fissurée... Mais d'après les sages-femmes il faudra rester encore quatre à cinq semaines couchée à la maternité pour limiter la fissure, une perfusion avec un anti-contraction, et voilà tout se déroulera bien. C'est une question de patience. Cela ne me dérange pas vu que c'est pour mes filles, qu'est qu'une maman ne ferait pas... Mais autre chose les inquiète, la poche de liquide amniotique d'Isaure leur semble beaucoup trop grande, contrairement à celle de Clémence... Ils veulent mesurer mes pitchounes mais c'est impossible, elles remuent dans tous les sens les chipettes ! Tant pis, on réessayera demain. Elles ont toutes les deux la tête en bas, prêtes à sortir. Mon col est ouvert d'un doigt. Mais non mes chéries, il faut rester encore au chaud... J'avais confiance en moi et en elles, tout ce passerait bien...

La nuit, je n'ai pas dormi... Je me suis retournée dans tous les sens, je ne me sentais pas bien. J'ai donc passer une nuit terriblement longue avec mes deux nénéttes, je leur ai parlé, leur ai expliqué qu'il était trop tôt, qu'il fallait attendre, je leur chanté leurs comptines, ce qu'on ferait avec leur papa quand elles seront grandes...J'aurais alors jamais cru que c'était la dernier nuit avec elles... Elles bougeaient tellement les coquines... Quel soulagement quand j'ai vu le soleil se lever...

Vendredi 12 mai : J'ai fait alors le test de Sullivan, boire un verre hyper sucré alors qu'on est pas en forme, c'est pas le pied ! Mais bon allez on le fait sauf que j'ai tout vomi un quart d'heure plus tard. L'infirmière s'arrache les cheveux pour me faire les prises de sang, mes veines ne tiennent pas le choc. On y arrive quand même après plusieurs reprises. J'ai mal..., mais où ? Je serais même pas le situer. Je suis bien que replié sur moi-même, sur le côté gauche, mes filles au creux de moi. Mais pourquoi ces douleurs ? On ne peut pas faire de monitoring, elles sont trop petites. Alors on me pose un capteur sur le ventre pour voir si j'ai des contractions, mais non rien ! La gynécologue passe me voir et voyant mon état décide d'aller de suite faire une échographie. Je ne suis pas bien, j'ai l'impression d'être à moitié endormie, je ne tiens pas sur mes jambes, je n'arrive pas à garder ma tête droite. Je caresse mon ventre en permanence, les filles sont toujours bien énergiques, c'est que du bonheur de les sentir en pleine forme. C'est dur de faire l'échographie, je dois rester sur mon côté gauche. Je vois que quelque chose n'est pas normal... Elle demande combien il y a de placenta, et d'après le gynéco il y en avait deux. Ils ont du mal à voir mais apparemment il n'y a qu'un placenta. Les filles sont en pleine forme, leurs c½urs galopent ! C'est pour moi le principal. On me remonte dans ma chambre.

Un quart d'heure plus tard, la gynécologue, la sage-femme, l'infirmière et une autre personne arrivent dans la chambre. Je pressens quelque chose... . Mes filles sont atteintes par le Syndrome Transfuseur Transfusé (STT). Il n'y a qu'un placenta qui fonctionne pas correctement : il nourrit trop Isaure d'où la quantité beaucoup trop important de liquide dans sa poche et ne nourrit pas assez Clémence d'où sa taille plus petite. Il y a deux solutions : on reste comme ça et mes filles mourront, ou alors on va à Poissy et on tente le tout pour le tout même si il y a très peu de chance. A Poissy, ils sont spécialisés dans le STT. On va prélever par amniocentèse du liquide dans la poche d'Isaure pour me soulager et ensuite on découpera en deux morceaux le placenta. C'est risqué, ça marche que dans 25% des cas, mais on va tenter le tout pour le tout...

Le SAMU arrive, on me place des capteurs, on adapte les perfusions, bref on me branche de partout. Je ne serais pas transporté jusqu'à Poissy par le SAMU mais en hélicoptère, on n'a pas de temps à perdre. Je reste sereine, on va faire tout notre possible pour mes petites puces et c'est le principal. Me voilà dans l'ambulance, les ambulanciers proposent à Gilbert de rester cinq minutes avec moi, de toute manière l'hélicoptère n'est pas encore arrivé. Là il craque, et pleure... Je tente de le rassurer, moi et les petites puces on est fortes, on va s'en sortir il y a pas de raison... C'est dur de devoir être séparé, j'aurais voulu l'avoir toujours prés de moi, lui tenir la main...

Nous voilà partis, à toute vitesse avec la sirène qui nous annonce. Voilà je pars pour sauver la vie de mes filles, je me sens rassurée de faire tout mon possible, pourtant j'ai mal, je souffre en même temps. Je garde mes mains sur mon ventre, je tiens à protéger mes enfants.
On arrive à l'aéroport, l'hélicoptère est en train d'atterrir. L'équipe qui va me prendre en charge se présente, mais tout se mélange dans ma tête. On me change de brancards pour me coincer dans une coque, m'attacher, on me rebranche à nouveau sur des tas de machines, on enlève la perfusion contre les contractions. Le médecin m'explique qu'on n'entend rien dans l'hélicoptère, je vais avoir un casque, il faut communiquer par des gestes. L'équipe du SAMU me rassure, me parle, me souhaite bon courage...

Voilà on a décollé pour Poissy, il y a une heure de trajet. Au début tout se passe bien, mais je suis mal dans cette coque, j'ai besoin de bouger. Je suis dans un état semi comateux, mes filles toujours dans le creux de mes mains : elles bougent... Je me dis que plus tard, je leur raconterais qu'elles ont fait de l'hélicoptère ! Quelle chance ! Et mon c½ur tourne, je vomis à nouveau. J'observe alors la capitale un bref instant avant de me replié à nouveau sur moi-même. Le médecin me fait signe que l'on va arriver dans cinq minutes.

On se pose, les hélices ralentissent, le bruit s'atténue, ça fait du bien. Les sages femmes arrivent et me font coucou par la fenêtre. On me sort de là. Une sage femme arrive sur moi, me prend la main et me dit que maintenant on va bien prendre soin de moi, elle me fait un baiser sur le front. Vous ne pouvez pas savoir le bien que cela m'a fait... Direction les urgences.

Il est cinq heures de l'après-midi... Une sage femme arrive pour s'occuper de moi, elle me dit que Gilbert a appelé il est sur la route. On me refait des prises de sang, dur dur de trouver mes veines. On me pose pleins de questions, j'y réponds mais je suis complètement perdu. J'ai des douleurs dans le ventre, je demande si on va me remettre un produit pour les contractions, elles ne savent pas trop. Le gynécologue arrive, on va allez faire une écho pour déterminer le poids de Clémence et celui d'Isaure. Incroyable, elles sont en pleine forme ! L'écho va vite, on me visite, mon col est ouvert de 4 doigts !

Le gynéco m'explique alors qu'il est trop tard pour faire au laser la séparation du placenta, on va donc prélever le liquide dans la poche d'Isaure afin de me soulager et soulager mon utérus. A partir de là, le travail peut stopper...ou continuer. Je suis toujours sur mon brancard, j'attends dans le couloir. Et là c'est pas marrant à vivre car j'entend des mamans mettre au monde leurs bébés, ces bébés crient, on leur explique comment les allaiter, et moi je suis là seule avec mes deux filles à écouter le bonheur des autres alors que moi je suis en plein malheur, en plein cauchemar.

On me met une charlotte, des chaussons, et on me place dans une salle de pré travail. Je me sens mieux j'ai envie de dormir, je pense m'être assoupi un court instant. Un anesthésiste vient me voir pour la péridurale, il n'y aura pas de problème. Et on m'emmène, me voilà en salle d'opération. Le téléphone sonne, Gilbert vient d'arriver et il est en salle d'attente. Ca me fait tellement de bien de le savoir à nouveau pas loin de moi. On me demande de me placer sur le dos, c'est impossible pour moi, je ne peux pas tenir dans cette position là. Le praticien râle, et insiste. J'en peux plus, je suis au bord des larmes, j'ai trop mal pour rester sur le dos. Je reste donc sur le côté... Ils préparent le champ stérile, je leur demande si on va faire une anesthésie. Non c'est pas nécessaire, il faut rester calme c'est tout ! Ils font une écho pour déterminer la poche à vider, et voilà on m'enfonce cette grande aiguille dans le ventre. Cela va durer quarante longues minutes à ne pas bouger... Et là les contractions m'envahissent, elles se rapprochent et s'intensifient, je comprends alors que c'est la fin, que je vais accoucher de mes filles qui ne sont pas viables... Le praticien râle car je bouge, mais c'est les contractions. Alors je souffle et prend sur moi.

Le prélèvement se termine, je compte et les contractions reviennent toutes les quinze secondes, c'est foutu... Le praticien demande si je suis soulagé mais j'ai tellement mal avec les contractions que je sais pas si je suis encore gênée. Il a prélevé trois litres de liquide. On me place à nouveau dans une salle de pré-travail avec un jeune homme qui s'occupe de moi comme il peut le malheureux. J'ai envie de faire pipi et pourtant ça ne me soulage pas, je sens bien qu'elles descendent. Je sais plus ce que je fait : je me lève, marche, me couche, m'accroupi, m'assois, je sais plus... J'ai besoin de serrer la main du jeune homme. Je lui dit que je veux pas accoucher et là il me répond que ça va allez, que tout va bien se passer. Je lui dit qu'elles peuvent pas vivre, que je suis qu'à 24 SA. Il reste bouche bée... C'est à ce moment là que Gilbert arrive, il vient d'apprendre que je vais accoucher alors que je devais seulement subir une opération. Il est perdu, je suis tellement heureuse de le voir.

Tout de suite après, on nous a emmené en salle d'accouchement. Il est 20 heures 30. On me visite. J'ai trop mal, je sais plus comment me mettre, je me sens partir. Et là je pense à mes filles qui elles aussi sont en train de souffrir pour venir au monde...et qui vont mourir... L'anesthésiste arrive mais la sage femme le renvoie en lui disant que c'est trop tard, que je suis totalement dilaté. Ce n'est pas vrai ! Je ne vais jamais y arriver... Je serre les dents. Le médecin m'explique que leurs chances de vivre à ce stade sont très minimes, que Clémence est beaucoup plus petite qu'Isaure qui a donc plus de chances. Il y a grève, les équipes sont réduites et ils ne pourront pas sauver les deux bébés... Ils vont donc faire leurs possibles pour Isaure mais pas pour Clémence... Je le supplie d'essayer de la sauver aussi. On s'affaire autour de moi, tout le monde met une blouse, des gants, on enlève le bout du lit pour y mettre des étriers. On perce la poche des eaux. Allez on pousse ! Déjà ? Je suis perdu je sais pas, je sais plus, je veux pas... Et pourtant, je pousse mais mal : je lève trop les fesses. Gilbert leur précise que j'ai même pas de poignées pour me tenir ! Le gynécologue écarte le passage, j'ai trop mal et en même temps il faut que je pousse, je pousse, je pousse. Gilbert qui me tient la nuque me rappelle qu'il faut que je respire aussi ! J'ai la bonne technique, et j'ai poussé encore deux fois. Ma première fille est née à 20h43, ils s'en vont tout de suite avec elle. Je ne l'ai pas vu... Pas de repis, on perce la 2e poche des eaux qui éclate à la figure de la sage femme ! Je me souviens avoir eu un rire nerveux. Il faut pousser à nouveau. C'est plus long, mais j'y arrive. Et voilà ma deuxième fille à 20h45 qui s'en va aussi. Je l'ai aperçu mais vaguement... Gilbert me prend dans ses bras. Et on espère... Il faut que je délivre dans les vingt minutes qui suivent...

Le gynécologue revient, c'est le verdict qui va tomber. Je tremble de partout. Le 1er bébé est décédé peu de temps après, elle pesait dans les 300 grammes (on a su après qu'elle pesait 480 grammes), par contre le 2e bébé a été entubée et pour le moment elle vit mais il précise que rien n'est gagné. Elle pése 650 grammes. C'est dur de perdre un enfant mais à ce moment là on était tellement heureux qu'une de nos filles soit en vie que nous étions les parents les plus comblés au monde. On nous demande comment on va les appeler, on y réfléchit le 1er bébé c'était Clémence et le 2e bébé c'est Isaure...

Mon placenta ne se décolle pas, le gynécologue arrive pour me dire que j'allais être endormie afin d'extraire le placenta, c'est pas vrai le mauvais sort s'acharne sur nous ! Il arrive sur mon ventre et appuie comme un malade, j'ai trop mal et l'en empêche mais c'est le seul moyen pour moi de ne pas être endormie. Je serre le bras de Gilbert pour « lutter » contre cette douleur. Enfin le placenta se détache, et effectivement il n'y en avait qu'un !

On passe en vitesse nous montrer Isaure. On nous avait prévenu qu'elle était entubée d'un peu partout, que ça pouvait être choquant, etc. Mais on avait déjà vu de telles scènes à la télévision et on se sentait prêts. Voilà donc ma fille. Elle est belle, je ne vois pas bien son visage avec tous ces équipements et son bonnet. Et puis je ne peux pas encore me lever pour me rapprocher de sa couveuse. Je lui ais dit « bonjour Isaure, ça va allez mon bébé. Il faut que tu sois forte mon Ange ». Et elle est partie...

On nous demande si on désire voir Clémence. Ce fut non de suite. La sage-femme nous précise que si on change d'avis il n'y a pas de problème on peut la voir quand on veut. Et puis, je me dit qu'un jour je regretterais peut être de ne pas avoir vu ma fille. Alors on demande à la voir mais de ne prendre aucune photo. Ce sera notre souvenir à nous et puis Isaure est sa s½ur jumelle, on verra Clémence à travers elle. Ils nous l'amènent dans un berceau transparent. Mon Dieu, quelle petite puce, elle est belle...mais si petite... Là on se rend compte qu'avec cette taille, elle n'aurait pas pu survire notre fille. Elle a un bonnet sur la tête et un drap sur son corps. Il m'est impossible de la toucher, je sais pas pourquoi... La sage-femme demande si on veut la prendre dans nos bras, mais j'ai trop peur de la « casser », oui c'est idiot mais c'est ma 1ere impression. Gilbert demande à voir ses cheveux, elle en a déjà pleins et bien noir. Elle a mon nez et mon menton. Elle est superbe mais si petite. On dirait qu'elle dort...

Je dois rester coucher deux heures, mais je m'assois sur le bord du lit. On a beaucoup parlé exprimant nos sentiments. On se disait que Clémence sera toujours dans notre c½ur, mais qu'Isaure se bat pour elle. Et que plus tard on lui expliquera ce qui s'est passé mais pas en lui disant qu'elle « prenait » plus que sa s½ur de peur de la culpabiliser mais lui dire que Clémence ne se nourrissait pas assez. On décide aussi de lui donner le plus rapidement possible un frère ou une s½ur. C'est une jumelle, et elle aura sûrement un manque qui pourra être comblé par un autre bébé. On ne peut pas la laisser « seule ». Et que quand Isaure grandira, on verra en même temps Clémence, etc.
Deux heures passent, puis trois heures, puis... Zut alors, ils nous ont oubliés ? Gilbert va demander quand je pourrais aller dans ma chambre et aller voir ma puce. Quelques minutes plus tard, une élève sage-femme vient me faire mes soins et mettre une protection. Voilà je peux me lever, et je me rhabille, je demande également un verre d'eau. Je parcours la salle de long en large, j'ai besoin de marcher. Ca fait du bien !
Il est une heure trente du matin et on est toujours en salle d'accouchement. Je m'énerve, prend mes affaires et m'en vais. Gilbert est étonné de me voir partir comme ça, ce n'est pas mon genre. Une sage-femme nous croise et demande ce que nous faisons. Grâce à ça, on nous a enfin monté dans la chambre. Là dans le service GHR le personnel est super. Ils ont apporté un matelas et des couvertures pour Gilbert, ainsi que deux plateaux repas. Ca fait du bien de manger... J'hésite à aller voir ma puce et puis je décide de me reposer pour passer la journée avec elle. J'ai passée une excellente nuit...

Samedi 13 Mai : Juste après le petit-déjeuner, on file voir Isaure. On nous fait alors découvrir le service et son fonctionnement. Et nous voilà face à notre puce, elle est vraiment belle. Je lui parle mais je ne savais pas vraiment quoi lui dire. Ce n'est pas évident...Et puis on passe la matinée à la regarder. Avec Gilbert, on calcule comment on va organiser les semaines qui suivent pour que je reste un maximum de temps avec ma fille, tout se met doucement en place. Mes parents prennent la route pour Poissy.

Ils arrivent en début d'après-midi avec mes affaires. On leur explique comment tout cela s'est déroulé. Malheureusement ils ne peuvent pas voir Isaure, alors on monte pour allez prendre des photos et la filmer. Et heureusement, car ce sont les seuls souvenirs que l'on a... Lors du film, on rencontre le médecin qui demande à nous voir. On lui explique qu'on va montrer le film à mes parents qui doivent repartir vers 16 heures et qu'après on est disponible. En retourne à la chambre, où mes parents nous attendent avec impatience. Ils pleurent devant le film...

Les voilà repartis. Et nous retournons auprès de notre fille. Il y a un capteur qui mesure le taux d'oxygène dans le sang qui ne marche pas. Il sonne tout le temps. Ca monte trop haut, ça descend très bas. Du coup ils le changent et le changent de place. Bizarre ça sonne tout le temps...

On s'isole avec le médecin et l'infirmière d'Isaure. Il confirme le syndrome transfuseur-transfusé. Les filles pourraient avoir de graves séquelles, pour Clémence elles auraient été cérébrales et pour Isaure elles seront physiques. Mais rien n'est confirmé. De plus cette forte prématurité, le fait de naître à 24 SA, implique également des risques de graves séquelles. L'état d'Isaure est stable mais il ne parait pas optimiste. Il nous rappelle bien que sa vie ne tient qu'à un fil.
En sortant, il nous accompagne jusqu'à la couveuse. Le capteur ne marche toujours pas. Erreur de notre part, il fonctionne... c'est notre bébé qui a un problème. Le docteur lui fait une échographie du c½ur. Nous regardons avec lui, je vois un pincement de lèvres, je pressens que ça ne va pas. J'ai besoin de partir, je craque... On sort du service et je m'écroule dans les bras de mon mari. Le docteur nous rattrape, son état est médiocre. Son c½ur « s'épaissit », c'est ce qu'il craignait. Son c½ur n'apporte plus assez d'oxygène dans le sang...

Je me jette sur mon lit et je pleure enroulé sur moi-même. La souffrance est immense. Je suis en train de perdre mon petit bébé, elle s'en va... Les nerfs lâchent, je tremble de partout et je finis par m'endormir. Je me réveille une demi-heure plus tard, Gilbert a appelé le service. L'état d'Isaure est stable mais toujours pareil. Gilbert me rassure et me rappelle qu'on nous avait précisé qu'un prématuré c'est des hauts et des bas. Là on est en bas, mais nénétte va se battre. Moi j'y crois plus mais ces paroles me donnent du courage. A 19 heures 40, une sage-femme vient nous voir. Elle nous dit qu'Isaure est en train de mourir et qu'on peut monter la voir si on désire. Je ne peux pas, je ne sais plus marcher, je lui demande de lui faire un câlin de notre part... On se sert dans nos bras, pensant à notre fille dont le c½ur est en train de cesser de battre et qui part rejoindre sa s½ur jumelle au Paradis des bébés...

20 heures, deux sages femmes frappent à la porte. Isaure est partie... Suite à ma demande, son infirmière la prise dans ses bras et une autre lui tenait la main... Je les remercierais jamais assez de lui avoir apporter cette tendresse dans cette épreuve...Je suis sorti le lendemain, il fallait que je retrouve mes repères.

Mes filles ont été enterrées le mercredi entre mon grand-père et mon arrière grand-mère. Elles n'ont pas pu être dans le même cercueil, elles sont donc côte à côte. Ma mère, dés qu'elle a su que j'attendais des jumeaux, leur avait acheté un hochet Winnie et bourriquet. J'ai donc mis ces deux cadeaux dans leur cercueil...
Ces deux petits cercueils... Ce fut également une épreuve très difficile. Il n'est pas normal que des parents enterrent leurs enfants...

Il fallait que j'écrive le récit de leurs vies, cela fait partie de ma phase de deuil. J'aurais énormément pleurer en écrivant ce texte mais ça m'a aidé aussi.
Il y a aujourd'hui, un mois que mes filles sont parties rejoindre les anges au Paradis, et je regrette beaucoup de choses... Je culpabilise mais si je sais que j'y suis pour rien. J'ais fait mon maximum pour mes filles, mais pas assez à mes yeux.

Clémence et Isaure, vous êtes à jamais dans mon coeur
Je vous aime
Vous me manquez tellement
Merci de m'aider de là où vous êtes
Merci d'avoir fait de moi une mère
Merci de m'avoir rendu, pendant six mois, si heureuse
Merci pour tout mes baby's...

Cécile
# Posté le dimanche 30 juillet 2006 04:50

mélusine

mélusine
# Posté le samedi 12 août 2006 07:34

mélusine2

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# Posté le samedi 12 août 2006 07:36

mélusine3

mélusine3
# Posté le samedi 12 août 2006 07:38

mélusine4

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# Posté le samedi 12 août 2006 07:39